Enhanced Games : que vaut une compétition qui assume le dopage ? Sport

Le 24 mai 2026, les premiers Enhanced Games doivent se tenir à Las Vegas, au Resorts World. Le principe est inédit à ce niveau : organiser une compétition sportive où des athlètes peuvent utiliser des produits améliorant la performance, interdits dans le sport encadré par les règles antidopage internationales.

Les Enhanced Games posent des questions sur la santé des athlètes, la notion de performance, la place de l’argent dans le sport et la frontière entre suivi médical et dopage autorisé.

Cet article est rédigé avant la première édition. Les résultats de la compétition ne sont donc pas encore connus.

Que sont les Enhanced Games ?

Les Enhanced Games ont été fondés par l’entrepreneur australien Aron D’Souza. L’organisation présente son projet comme une nouvelle forme de sport de haut niveau, fondée sur la science, la liberté de choix des athlètes et une meilleure rémunération.

À l’inverse des Jeux olympiques ou des compétitions organisées par les fédérations internationales, les Enhanced Games ne reposent pas sur l’interdiction des substances dopantes définies par l’Agence mondiale antidopage, la WADA.

Les athlètes peuvent participer en étant « enhanced », c’est-à-dire en utilisant certaines substances autorisées dans le cadre du dispositif médical de l’organisation, ou en restant « natural », sans protocole d’amélioration.

Le rendez-vous du 24 mai doit accueillir des épreuves de natation, de sprint et d’haltérophilie. La page officielle de l’événement mentionne également le strongman. Le site de l’organisation n’est pas parfaitement cohérent sur le format final : il affiche à un endroit 50 athlètes et quatre disciplines, tandis qu’un autre passage mentionne 40 athlètes et trois disciplines. Un communiqué lié à l’étude médicale parle, lui, de 42 athlètes en compétition.

Cette différence oblige à rester prudent sur le nombre définitif de participants et le programme exact avant le début de l’événement.

Quelles épreuves sont annoncées ?

Lors de l’annonce initiale du programme, l’organisation présentait les épreuves suivantes :

  • natation : 50 m et 100 m nage libre, 50 m et 100 m papillon
  • athlétisme : 100 m et 100/110 m haies 
  • haltérophilie : arraché et épaulé-jeté

La page actuelle de l’événement ajoute une catégorie strongman. Un affrontement au soulevé de terre entre Hafthor Björnsson et Mitchell Hooper a notamment été annoncé autour de l’événement.

Le choix des disciplines est logique : ce sont des épreuves courtes, spectaculaires et faciles à comparer à des records existants. Elles permettent aussi à l’organisation de communiquer rapidement sur les résultats.

Quels athlètes participent ?

Les Enhanced Games ont recruté plusieurs sportifs connus du haut niveau international.

En athlétisme, Fred Kerley est le nom le plus exposé. L’Américain a été champion du monde du 100 m en 2022 et médaillé olympique sur la distance. Sa présence donne une visibilité importante à la compétition.

En natation, plusieurs noms sont annoncés :

  • Ben Proud, médaillé d’argent olympique sur 50 m nage libre à Paris en 2024
  • James Magnussen, ancien nageur australien médaillé olympique
  • Andrii Govorov, détenteur du record du monde du 50 m papillon
  • Cody Miller, Felipe Lima, Evgenii Somov, Hunter Armstrong, Isabella Arcila et Emily Barclay

En haltérophilie, la liste officielle affiche notamment Arley Méndez, Beatriz Pirón, Boady Santavy, Dylan Cooper et Juan Solís.

Pour les épreuves de piste, le site mentionne également Clarence Munyai, Denae McFarlane, Emmanuel Matadi et Jasmine Abrams.

Tous les athlètes ne suivent pas nécessairement un protocole de produits dopants. Hunter Armstrong et la sprinteuse Tristan Evelyn ont par exemple été annoncés par l’organisation comme des athlètes participant sans "enhancement". Selon les données communiquées par Enhanced avant l’événement, quatre athlètes au total concourraient sans protocole de substances améliorant la performance.

Une première performance déjà utilisée comme symbole

Avant même la première compétition, Enhanced a déjà mis en avant une performance destinée à démontrer son concept.

En 2025, le nageur grec Kristian Gkolomeev a réalisé 20,89 secondes sur 50 m nage libre lors d’un événement organisé par Enhanced. Ce temps était inférieur de deux centièmes au record du monde alors détenu par César Cielo. L’organisation lui a versé 1 million de dollars.

Ce chrono n’est toutefois pas un record du monde reconnu par World Aquatics. La performance a été réalisée en dehors du cadre des compétitions officielles, avec un dispositif d’amélioration de performance et une combinaison qui n’est pas autorisée par les règles internationales actuelles.

C’est un point central du débat : une performance peut être impressionnante, sans avoir la même valeur sportive qu’un record réalisé sous les règles communes d’une fédération.

Quelles substances sont utilisées ?

Enhanced affirme que les substances proposées dans son programme doivent être légales aux États-Unis et prescrites dans le cadre de son suivi médical. Cela ne signifie pas qu’elles sont autorisées dans le sport traditionnel. Plusieurs figurent sur la liste des substances interdites par la WADA.

Le 20 mai 2026, l’organisation a communiqué des données issues de son étude clinique ASCEND001. Cette étude concerne 36 des 42 athlètes annoncés comme participants à la compétition. Parmi ces 36 athlètes, deux concourraient sans protocole d’amélioration ; deux autres athlètes « natural » ne participeraient pas à l’étude.

D’après les données agrégées publiées par Enhanced, parmi les athlètes inclus dans l’étude :

  • 91 % ont utilisé de la testostérone ou des esters de testostérone
  • 79 % ont utilisé de l’hormone de croissance humaine
  • 62 % ont utilisé des stimulants, comme l’Adderall
  • 50 % ont utilisé des modulateurs métaboliques
  • 41 % ont utilisé de l’EPO
  • 29 % ont utilisé un agent anabolisant
  • 5 % ont utilisé des thérapies de soutien hormonal

Ces chiffres viennent de l’organisation elle-même. Ils renseignent sur les substances utilisées, mais ils ne permettent pas encore de conclure sur la sécurité à long terme ni sur les effets réels de chaque protocole sur la performance.

Y a-t-il un suivi médical ?

Oui, l’organisation affirme avoir mis en place un encadrement médical.

Enhanced présente une commission médicale indépendante chargée d’établir les protocoles de sécurité, de suivre les profils médicaux des athlètes et de statuer sur leur aptitude à participer. Cette commission comprend notamment des spécialistes en cardiologie, médecine du sport, endocrinologie, pharmacologie, immunologie et hématologie sportive.

L’étude ASCEND001 est enregistrée sur ClinicalTrials.gov sous le titre Impact of Medically Supervised Performance-Enhancing Substances (PES) on Elite Athletes. Elle est sponsorisée par Enhanced Emirates Limited.

Son objectif principal est d’évaluer la sécurité et la tolérance de substances susceptibles d’améliorer la performance chez des athlètes professionnels. L’étude prévoit une phase d’exposition, puis un suivi à long terme de cinq ans. L’organisation affirme que les athlètes suivis sont médicalement aptes à concourir après la phase précédant les Jeux.

Ce suivi médical est une différence réelle avec le dopage caché et non contrôlé. Mais il ne règle pas toutes les questions.

D’abord, être suivi médicalement ne supprime pas les risques liés aux substances. Ensuite, l’étude n’a pas encore produit de résultats scientifiques publiés et évalués indépendamment sur plusieurs années. Enfin, l’organisation qui encadre l’étude est aussi celle qui organise la compétition et développe une activité commerciale liée aux produits de performance et de longévité.

Le fait qu’un produit soit autorisé médicalement ne le rend pas sans risque

L’un des arguments mis en avant par Enhanced est l’utilisation de substances approuvées ou encadrées par la réglementation américaine.

Mais un médicament peut être autorisé pour traiter une pathologie précise sans être sans risque lorsqu’il est utilisé pour augmenter les performances d’une personne en bonne santé.

La WADA a directement contesté cet argument. Elle rappelle que les stéroïdes anabolisants, la testostérone, l’EPO ou l’hormone de croissance peuvent avoir des effets graves, parfois immédiats, parfois visibles plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.

Parmi les risques cités par l’agence : problèmes cardiovasculaires, hypertension, infarctus, AVC, atteintes hépatiques, diabète, troubles hormonaux, infertilité, troubles psychologiques ou croissance anormale de certains organes.

La WADA insiste aussi sur un autre point : le cumul de plusieurs substances. Lorsque des athlètes combinent hormones, anabolisants, stimulants et autres produits pour poursuivre une performance maximale, les effets à long terme sont encore plus difficiles à anticiper.

Pourquoi certains athlètes acceptent-ils de participer ?

Il serait trop simple de résumer leur choix à une volonté de se doper.

Les Enhanced Games attirent aussi grâce à l’argent. Les sports olympiques comme la natation, l’athlétisme ou l’haltérophilie demandent des années de travail, sans garantir une rémunération suffisante, même pour des athlètes internationaux.

L’organisation promet des rémunérations importantes : 250 000 dollars pour la première place sur certaines épreuves, 500 000 dollars de dotation totale par épreuve, et des primes pouvant atteindre 1 million de dollars pour certains records. Le site officiel affirme également que la rémunération totale destinée aux athlètes atteint 25 millions de dollars.

Pour un nageur ou un haltérophile qui a connu le très haut niveau sans réussir à vivre confortablement de son sport, cette proposition peut peser lourd.

C’est l’un des arguments les plus solides des organisateurs : le sport de haut niveau demande énormément aux athlètes, mais ne les rémunère pas toujours à la hauteur de leur investissement.

Le problème est que cette rémunération est directement associée à un système qui valorise l’usage de substances interdites ailleurs. Autrement dit, l’athlète n’est plus seulement payé pour performer. Il est aussi intégré à un modèle qui transforme le dopage en spectacle et en produit commercial.

Une compétition sportive, mais aussi un projet commercial

Les Enhanced Games ne sont pas uniquement un événement. L’entreprise développe aussi une plateforme de télésanté et des produits liés à la performance, à la récupération et à la longévité.

L’entreprise est entrée en Bourse en mai 2026. Son discours auprès des investisseurs présente la compétition comme une vitrine capable de créer de l’attention autour de ses futurs produits et protocoles de santé.

Christian Angermayer, cofondateur d’Enhanced, a lui-même reconnu dans un entretien au Guardian que la visibilité de la compétition devait aussi servir à vendre des produits.

Ce point modifie la lecture du projet. Les athlètes ne sont pas seulement là pour disputer une compétition. Ils deviennent aussi la démonstration publique d’un marché que l’entreprise veut développer auprès d’un public beaucoup plus large.

Quelles réactions politiques et sportives ?

La contestation ne vient pas seulement de commentaires sur les réseaux sociaux.

La WADA qualifie les Enhanced Games de concept dangereux et irresponsable. Son président a demandé aux autorités américaines d’étudier les moyens de faire obstacle à l’événement.

World Aquatics, la fédération internationale de natation, a adopté en juin 2025 une règle rendant inéligibles à ses compétitions les athlètes, entraîneurs, officiels ou membres de staff qui participent à des événements autorisant le dopage ou qui les soutiennent. Cette décision est intervenue après le chrono réalisé par Kristian Gkolomeev.

Enhanced a ensuite engagé une procédure antitrust de plusieurs centaines de millions de dollars contre World Aquatics, la WADA et USA Swimming, en accusant ces organisations d’empêcher les athlètes de participer. Cette plainte a été rejetée par un tribunal fédéral américain en novembre 2025.

En France, le ministère chargé des Sports, le CNOSF et l’AFLD ont publié une position commune après l’annonce de l’intention de participation du sprinteur français Mouhamadou Fall. L’AFLD a indiqué qu’un sportif français participant avec des substances interdites pourrait être sanctionné, y compris si la compétition se déroule à l’étranger.

Le financement de l’événement a aussi alimenté le débat politique. Parmi les soutiens financiers ou investisseurs cités par plusieurs médias figurent Peter Thiel et Donald Trump Jr. Les dirigeants d’Enhanced contestent toutefois l’idée d’un événement politique et défendent un projet fondé, selon eux, sur la science et la liberté individuelle.

Plus transparent ne veut pas forcément dire plus acceptable

Les Enhanced Games partent d’un constat réel : le dopage existe déjà dans le sport, y compris dans des compétitions où il est interdit. Les scandales passés et récents montrent que les contrôles ne permettent pas d’éliminer totalement la triche.

L’organisation retourne donc la question : plutôt que de cacher le dopage, pourquoi ne pas l’encadrer médicalement et l’assumer ?

Cette transparence change une chose : il n’y a plus de tromperie sur la règle du jeu à l’intérieur de la compétition. Les spectateurs savent qu’ils regardent des performances pouvant être obtenues avec l’aide de produits interdits ailleurs.

Mais cela ne fait pas disparaître les problèmes.

Le risque sanitaire reste présent. La pression sur les athlètes peut même augmenter si l’usage de produits devient la condition pour rester compétitif. Les records obtenus ne sont pas comparables aux records officiels. Et le message envoyé au grand public, notamment aux jeunes sportifs, est difficile à ignorer : la performance extrême peut être associée à la prise de produits.

Ce que les Enhanced Games mettent réellement en débat

Les Enhanced Games ne prouvent pas que le dopage devrait être autorisé dans le sport. Ils révèlent plutôt plusieurs faiblesses déjà existantes : la difficulté à protéger totalement le sport propre, la précarité de certains athlètes de haut niveau et la fascination du public pour des performances toujours plus impressionnantes.

Assumer le dopage ouvertement rend la compétition plus lisible sur un point : personne ne prétend que les règles sont les mêmes que dans le sport traditionnel.

Mais la transparence n’efface ni les risques pour la santé, ni la pression commerciale, ni la question éthique. Une performance améliorée médicalement peut être spectaculaire. Elle ne raconte plus la même chose sur le sport, l’entraînement et les limites que l’on accepte de franchir pour aller plus vite, plus haut ou plus fort.

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Élodie, diététicienne et Christophe, Coach sportif. Tous deux diplômés, nous unissons nos forces et notre expérience pour vous aider à atteindre vos objectifs.

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